07/09/2005

Qu'en pensent les Belges et les Suisses ?

(ex "La croix")
La tentation de la vidéosurveillance

Le rôle clé des caméras britanniques dans l'identification des kamikazes amène la France à revoir sa politique

Des images un peu floues, prises par des caméras dans le métro ou les bus. Voilà les premiers indices diffusés par Scotland Yard, une poignée d’heures à peine après les deux vagues d’attentats qui ont secoué Londres. Une prouesse technique saluée par les enquêteurs français. Non sans envie.

Car la France est loin d’être aussi équipée que la Grande-Bretagne, où au moins 750.000 caméras scrutent les passants, la majorité étant installées à Londres. À Paris, 20.000 objectifs sont disséminés dans la ville. Mais l’immense majorité appartiennent à des opérateurs privés, des entreprises, des magasins, des banques. Seuls 2.070 sont installés dans la rue, filmant principalement les entrées des bâtiments officiels ou sensibles, ou les distributeurs de billets. Sans oublier les 350 dont dispose la préfecture de police pour surveiller la circulation.

La politique d’installation des caméras en France demeure fort différente de celle pratiquée Outre-Manche. «En Grande-Bretagne, la vidéosurveillance passe par une politique nationale. Au contraire, en France, elle résulte de la volonté d’opérateurs indépendants», explique Christian Somade, délégué général du Haut Comité français pour la sécurité civile. Pour preuve, il n’existe aucune étude, aucun organisme public ou privé coordonnant les chiffres et les résultats de la vidéosurveillance au niveau national. Seule certitude : l’utilisation de cette technologie est nettement en hausse, assure Norbert Fort, directeur juridique de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

Même peu développée, la vidéosurveillance est déjà une aide précieuse pour les policiers sur certaines affaires. «La vidéo sert des centaines de fois par an, assure Jean-Marie Salanova, secrétaire général du Syndicat des commissaires de police. Après un braquage, les policiers vont récupérer les bandes tournées dans une banque. De même, si on a le temps, des officiers de police judiciaire peuvent aller dans la salle de visionnage de la préfecture de police pour suivre en direct une opération. Ils repèrent les vêtements ou les voitures des malfaiteurs, tout ce qui pourra ensuite être retrouvé lors de perquisitions et permettre de les identifier.»

L'enjeu : conserver les enregistrements


Avec toutefois un gros bémol : les caméras de la police peuvent tourner pour suivre une zone précise, zoomer sur un individu, mais pas enregistrer. C’est sans doute cette limite législative que veut faire évoluer le gouvernement. Ainsi, la semaine dernière, le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, parlait de la nécessité «d’augmenter les moyens de vidéosurveillance, d’accélérer tout ce que nous savons faire sur la téléphonie et le stockage des données». Une piste qui correspond aux demandes des policiers. «La question se pose de pouvoir conserver les enregistrements un certain temps. Cela est nécessaire pour certaines enquêtes», assure le commissaire Jean-Marie Salanova.

Déjà, certains dispositifs sont prévus pour enregistrer les images. C’est le cas dans les transports publics parisiens, notamment la RATP ou la SNCF, qui conservent leurs données trois jours avant de les effacer, sauf si un juge les saisit. Ce fut le cas notamment dans «l’affaire Marie-Léonie». Cette jeune femme avait rapporté une agression raciste qui avait ému la France entière, Jacques Chirac en tête. Mais le visionnage des images, sur lesquelles aucun agresseur n’avait pu être repéré, avait contribué à nourrir le doute des enquêteurs sur une agression qui s’est rapidement révélée être une pure invention. La RATP prévoit d’ailleurs d’étendre son dispositif de vidéosurveillance, qui devrait compter 6.540 caméras d’ici à 2006, répartis dans les bus, métros, RER et tramways.

Jusqu’ici, en fait, la vidéosurveillance servait surtout à répondre à la menace de la petite délinquance. La préfecture de police de Paris admet d’ailleurs que cette technologie «n’empêche pas les agissements des individus très résolus, mais s’avère toutefois très dissuasive pour les délinquants occasionnels.» Et, de fait, le rôle dissuasif de la vidéosurveillance demeure très limité face à des hommes prêts à mourir. «Le but originel d’un tel système, c’est d’identifier pour punir, rappelle ainsi Sébastien Roché, chercheur au CNRS, spécialiste des questions de sécurité. Or, ici, il ne s’agit plus de punir, mais d’identifier a posteriori. La vidéosurveillance n’empêchera pas les attentats.»

Loup BESMOND et Mathieu CASTAGNET

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Ce que dit la loi


La loi du 21 janvier 1995 autorise l’enregistrement d’images vidéo prises sur la voie publique, pourvu qu’elles assurent «la protection des bâtiments et installations publics et de leurs abords (…) ou la prévention des atteintes à la sécurité des personnes et des biens dans des lieux particulièrement exposés à des risques d’agression ou de vol». Après autorisation préfectorale, les enregistrements vidéo peuvent être conservés pendant une durée maximale d’un mois. Ils peuvent être transmis à la police à la demande d’un magistrat.

08:51 Écrit par Henri | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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